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L'Eglise du Tchad Sur Theologia Theologiahttp://www.theologia.fr/article/index.jsp?docId=2207070&rubId=16601 Mgr Mathias Ngarteri Mayande : «L’Église reste encore une solution pour la paix en Afrique» http://www.cefod.org/Tchad%20et%20Culture/Tc221/eglise.htm L'Eglise du Tchad Sur Theologia
Le père Jean-Pierre Ningaïna, professeur de théologie et directeur d'études au Grand séminaire Saint-Luc de Bakara a accepté d'écrire une série d'articles sur l'Eglise du Tchad. Dans ce premier article, il donne des repères pour comprendre l'histoire de l'implantation de l'Eglise au Tchad et la manière dont cette Eglise s'est développée jusqu'à nos jours. Le père Ningaïna a fait ses études à l'Institut catholique de Paris. BREF APERCU HISTORIQUE SUR L’ORGANISATION ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’EGLISE DU TCHAD L’immense étendue du Tchad couvre une superficie de 1.284.000 km² avec une population de 7 millions d’habitants inégalement répartie sur l’ensemble du territoire. Les musulmans représentent plus de 53% tandis que les chrétiens sont plus de 35% de la population avec plus de 22% de catholiques. Les autres appartiennent aux religions traditionnelles. Arrivée officielle des premiers pères missionnaires au Tchad En 1929, l’équipe de frères et pères spiritains conduite par le père HERRIAU est parti de BATANGAFO en Centrafrique pour débarquer à KOU, un village du Tchad situé à 30 km environ de la ville de Moundou et ils ont fondé la première Eglise au Tchad. Après l’installation, ces premiers missionnaires au Tchad ont réussi à ouvrir deux foyers dont un pour jeunes garçons et l’autre pour jeunes filles. Il faut noter que le premier prêtre tchadien qui sera ordonné le 16 mars 1957 aura passé par ce foyer. Quelques problèmes d’adaptation et surtout des incompréhensions avec les autorités coloniales sur place ont obligé la mission à déplacer l’Eglise à DOBA, actuelle ville pétrolifère. Par la suite, le Tchad sera partagé en zones de missions réparties entre différentes congrégations religieuses : les jésuites seront sur les diocèses de Fort-Lamy et Fort-Archambault, les oblats de Marie immaculée qui étaient déjà au nord du Cameroun se verront confiée également la charge d’évangélisation de la région du Mayo-Kebbi (Tchad), et les capucins de la mission de Toulouse reprendront la mission de Moundou et Doba laissée par les spiritains. Les premières structures d’une Eglise au Tchad Le 9 janvier 1947 a été l’érection de la préfecture apostolique de Fort-Lamy (N’Djamena) par division des Vicariats Apostoliques de Khartoum (Soudan), Fomban (Cameroun) et Berberati (RCA). Mgr Joseph DUBOUCHET (jésuite) sera nommé Préfet Apostolique de Fort-Lamy. Le 15 septembre 1955, Fort-Lamy (N’Djamena) sera érigé en diocèse avec à sa tête Mgr Paul DALMAIS (sj). Le 22 décembre 1961, le diocèse sera érigé en Archevêché avec le premier Archevêque toujours Mgr Paul DALMAIS (sj) qui restera jusqu’en 1979, puis Mgr Charles VANDAME (sj) sera en charge de l’Archidiocèse de 1980 à 2003. Voici quelques dates importantes : - Le 22 février 1961, érection du diocèse de Fort-Archambault (Sarh) par division de l’Archidiocèse de Fort-Lamy. L’évêque en charge sera Mgr Henri VENIAT (sj). - Le 17 mai 1951, érection de la Préfecture Apostolique de Moundou par division de la Préfecture Apostolique de Berberati (RCA). Le préfet Apostolique sera Mgr Clément SIRGUE (capucin). - Le 19 février 1959, érection de Moundou en diocèse avec successivement Mgr Louis GAUMAIN, Mgr Régis BELZILE et Mgr Gabriel BALLET (tous capucins). - Le 16 janvier 1964, érection du diocèse de Pala avec comme premier évêque Mgr Georges DUPONT, puis actuellement Mgr Jean-Claude BOUCHARD (tous omi). Par division du diocèse de Moundou, il y a eu l’érection du diocèse de Doba le 21 mars 1989 avec comme évêque Mgr Michel RUSSO (combonien), puis par division encore des diocèses de Moundou et de Doba, il y a eu les diocèses de Laï et de Goré le 8 décembre 1998 avec respectivement comme évêque Mgr Sébastien MIGUEL (combonien) et Mgr Ramolo ROSARIO (capucin). Enfin, par division de l’Archidiocèse de N’Djamena qui était grand comme la France mais avec une importante superficie désertique, il y a eu l’érection de la Préfecture Apostolique de Mongo avec comme préfet apostolique Mgr Henri COUDRAY (sj). Au total le Tchad compte six diocèses dans la partie méridionale, un archidiocèse à la capitale et une Préfecture Apostolique dans la partie septentrionale. Une Eglise jeune, en pleine expansion et qui veut apprendre à gérer ses problèmes. L’évolution et la croissance de l’Eglise au Tchad a été relativement rapide. 1955 a été l’année de la création du petit séminaire à Donia (Moundou). 1985, a été la date de la création du Grand séminaire inter-diocésain à N’Djamena. 1986 a été la consécration du premier évêque tchadien à Sarh, et depuis lors, ils sont trois sur les huit : Mgr Matthias NGARTERI premier évêque tchadien a été transféré de Sarh à Moundou, puis sur l’Archidiocèse de N’Djamena. Mgr Edmond DJITANGAR est sur le siège du diocèse de Sarh, enfin Mgr Joachim KOURALEYO ancien recteur du séminaire occupe le siège du diocèse de Moundou. On compte actuellement dans tout le pays quelques 100 prêtres autochtones en exercice, pour plus de 100 grands séminaristes répartis sur deux sites distants de plus de 500 km. À cela il faut ajouter près d’une centaine de religieuses tchadiennes toutes congrégations confondues. Parmi elles, il faut spécifier deux communautés autochtones : "la fraternité des sœurs franciscaines de Donia" implantée dans les diocèses de Goré et de Moundou, avec plus de vingt religieuses, et les sœurs "Bene-Thereziya" dans les diocèses de Pala et de Moundou avec également près de vingt religieuses. Il faut peut-être souligner que les lieux de culte des paroisses du Tchad sont en général des "aires de prière" aménagées sous l’ombre des arbres afin de contenir les foules. Ces dernières années, sur la ville de N’Djamena avec ses 27 paroisses et vicariats, on a pu dénombrer plus de 1500 baptêmes d’adultes aux cours des fêtes pascales. Toutes ces informations donnent une idée du dynamisme de cette Eglise, mais en même temps, permettent de mesurer l’ampleur de la tâche d’évangélisation à mener. Comme la plupart des autres églises d’Afrique, celle du Tchad compte beaucoup sur l’aide de l’étranger en matière de ressources humaines et de moyen financier. On peut identifier trois stratégies pastorales que se sont fixés les évêques - la consigne est d’arriver à tenir le pari d’une église authentiquement tchadienne et qui se considère adulte. Abbé Ningaïna Jean-Pierre, Grand séminaire St Luc de Bakara, N’Djamena, Tchad. Religion Mgr Mathias Ngartéri Mayande : «L’Église reste encore une solution pour la paix en Afrique» http://www.cefod.org/Tchad%20et%20Culture/Tc221/eglise.htm Le sept décembre 2003, Monseigneur Mathias Ngartéri Mayande sera installé comme premier archevêque tchadien en remplacement de Monseigneur Charles Vandame. Il a bien voulu se prêter en exclusivité aux questions de Tchad et Culture. Après votre nomination comme premier évêque tchadien, vous êtes, près de deux décennies plus tard, premier archevêque tchadien, quelle impression cela vous fait ? J’étais un peu paniqué bien que cette question ait été d’actualité depuis déjà trois ans. Comme je n’étais pas vraiment partant lorsque j’ai reçu la nouvelle, j’ai consulté beaucoup d’aînés africains avant d’accepter cette nomination. Je l’appréhende comme un service et une mission pour lesquels les autres pensent que j’ai un rôle à jouer. Quel est le rôle dévolu à un archevêque ? Ce rôle est défini dans le droit canon. Dans l’Église chaque pays est divisé en diocèses. Plusieurs diocèses peuvent être regroupés en régions ecclésiastiques par le Saint Siège. Au Tchad il n’y a pas beaucoup de diocèses, on considère donc le pays comme une région. N’djaména étant un archevêché, les autres diocèses qu’on appelle des suffragants relèvent de cet archevêché. De quels pouvoirs disposez-vous en tant qu’évêque métropolitain ? Je n’ai pas de pouvoir sur les autres évêques. Chaque évêque est responsable de son diocèse. Comme évêque métropolitain, je peux exercer des fonctions sacrées dans les autres diocèses mais je dois avant tout en informer l’évêque diocésain alors qu’un autre évêque ne peut pas le faire. Si on peut parler de pouvoir c’est le seul. Il y a quelques autres attributions. Il revient à l’évêque métropolitain de veiller à ce que la foi et les mœurs soient soigneusement observés. S’il y a des abus, je dois en informer le pontife romain (Canon 436 paragraphe 1 point 1). Ainsi, si un évêque rencontre des difficultés dans son diocèse, le nonce apostolique en informe le Saint Siège qu’il représente au Tchad. Et le Saint Siège va demander à l’évêque métropolitain de voir avec son confrère évêque comment résoudre le problème. Il peut aussi donner mandat à l’évêque métropolitain de le résoudre. C’est la fonction de vigilance. Le métropolitain a aussi un pouvoir de substitution. Par exemple, si, après mon installation à N’djaména le collège des consulteurs qui devrait nommer mon successeur l’a fait de façon illégale ou s’il arrive que la personne désignée n’a pas le profil requis, je dois, d’autorité, intervenir pour désigner un administrateur pour le diocèse de Moundou. Du fait que l’Église métropolitaine se trouve dans la capitale, s’il y a un problème avec les autorités politiques, c’est aussi à l’évêque métropolitain qu’on va faire appel même si le problème concerne un autre diocèse. Votre prédécesseur Mgr Charles Vandame a déclaré récemment à un confrère que vous êtes la personne indiquée pour occuper ce poste mais, vous-même, comment percevez-vous votre nouvelle mission ? C’est assez délicat à dire. J’arrive à N’djaména dans un contexte socio-politique difficile. Nous avons une sécurité relative comme disent les autorités nationales. Ma perception c’est que nous aurons à donner à l’Église du Tchad sa dimension tchadienne que tous les Tchadiens attendent. On s’attèle à cela depuis plusieurs années puisque aujourd’hui les évêques du Tchad tiennent compte de l’avis des prêtres et de la Resrat (rencontre sacerdotale et religieuse des Africains au Tchad). Les orientations sont données non pas par des blancs mais par les prêtres, sœurs et religieux africains et tchadiens. Nous devons donner plus d’autorité et de poids à cette vision de l’Église du Tchad. Mais, c’est un travail qui doit être fait avec les autres évêques et avec les chrétiens de N’djaména qui représente le Tchad en miniature. L’Église catholique au Tchad est-elle une réalité tchadienne ou étrangère ? Si vous définissiez l’Église par rapport à ses membres, la majorité sont des Tchadiens. Au niveau des responsables, nous sommes deux Tchadiens et je viens d’être nommé archevêque. Déjà, par rapport à cela, cette Église est tchadienne. Mais c’est une réalité à construire. C’est en cela que repose le travail des évêques et des Tchadiens qui nous suivront dans l’épiscopat parce que le chemin est encore long. Mais, le caractère tchadien de l’Église n’est ni une question de nom, ni de titres à porter. Pour nous, cette Église est tchadienne à partir du moment où les Tchadiens ont fait leur les valeurs de l’Évangile, lorsqu’ils vivent et règlent leurs problèmes selon ces valeurs. C’est cela l’évangélisation en profondeur et la nouvelle évangélisation qui est le message du synode pour l’Afrique de 1994. On peut donc dire que cette Église est tchadienne mais dans la réalité vécue, dans la manière de porter la nouvelle de l’Évangile, d’éclairer toutes les réalités tchadiennes par l’Évangile, il reste encore du chemin à faire. En lien avec ces aspects, il y a le débat sur l’inculturation de l’Église en Afrique qui n’est pas encore clos. Qu’en est-il au Tchad et que reste-t-il à faire ? Il faut dire que le problème de l’inculturation n’est pas que tchadien, il concerne l’Église universelle. Au synode de 1994, la lutte des théologiens africains était de faire de l’Église la famille de Dieu. Ce qui signifie que nous considérons l’Église comme une vraie famille avec toutes les valeurs que cela suppose pour l’Africain. Les valeurs de solidarité, de fraternité, de soutien, de dialogue, de respect des membres de la famille. Cette notion d’Église famille a été approuvée par le Saint Père dans les conclusions du synode de 1994. Nous avons réussi à faire appréhender que l’Église ne peut se comprendre mieux que comme une famille. C’est là une dimension de l’inculturation. Mais, l’inculturation ne s’arrête pas là. C’est toute la culture et les civilisations des pays africains qui devraient devenir des richesses que le Christ accepte comme autant de valeurs. Il faut donc les étudier à la lumière de l’Évangile pour que cela soit des valeurs authentiquement évangéliques. Sur ce chemin là, il reste encore beaucoup à faire au niveau du Tchad. La Resrat a été crée (en 1968) justement pour réfléchir à ce problème de l’inculturation. Et, depuis 1969, l’Église au Tchad travaille dans ce sens. Beaucoup de chemin a été fait : l’on a traduit en langues la bible, les textes pour la catéchèse, les documents de travail, etc. Des efforts ont été faits sur le plan de la liturgie pour que la prière et la célébration de l’Eucharistie soit vraiment tchadiennes. Mais il reste les problèmes de l’initiation, des devins, des sorciers et des marabouts aux- quels il faudra trouver des réponses adéquates. Les fidèles tchadiens ne prennent pas en charge leur Église qui compte beaucoup sur l’extérieur. Peut-on penser à un travail rémunéré des prêtres en plus de leur ministère ? Tout est possible mais, je ne pense pas que les évêques du Tchad, à cause de cette situation, puissent envisager, à court terme ou même à moyen terme, que les prêtres exercent un travail rémunéré pour vivre. Si nous avons fait ce choix, c’est à la lumière de ce qui se passe ailleurs. Dans certains pays, des prêtres font des champs pour avoir de quoi vivre. Dans d’autres, ils se sont lancés dans le commerce, dans les affaires ou dans l’enseignement. Mais, lorsque vous êtes embauché pour faire un travail donné, il faut respecter un temps de travail et vous avez également l’obligation de résultat. Le prêtre qui se retrouve dans une telle situation peut être emmené à sacrifier son sacerdoce de prêtre au profit du matériel. Voilà pourquoi, au Tchad, nous avons pensé que si les fidèles ne peuvent pas prendre en charge totalement la vie de nos prêtres, les évêques doivent tout faire, avec l’aide des Églises sœurs, pour donner au prêtre le minimum afin qu’il se consacre entièrement au travail de l’Évangile. Mais, les diocèses ont beaucoup sensibilisé les fidèles qui ont aujourd’hui compris la nécessité de la prise en charge de leur Église. Nous ne perdons pas confiance. Dans le pays, les communautés ecclésiales de base (CEB) sont beaucoup plus des regroupements sur des bases familiales et ethniques… Les CEB sont un des acquis du synode pour l’Afrique de 1994. En définissant l’Église universelle comme famille de Dieu, toutes les réalités ecclésiastiques (l’Église diocésaine, l’Église paroissiale) le deviennent également. Mais, à l’échelle de la paroisse, comment permettre aux chrétiens de réfléchir ensemble à la question de l’inculturation ? Ils doivent eux-mêmes trouver les réponses à certaines questions liées à leur foi chrétienne et à leur vie : comment se positionner par rapport à cette situation nouvelle qui est l’entrée du Christ dans notre vie et dans notre pays ? Comment faire pour être à Jésus-Christ sans perdre les valeurs de nos traditions ? Cela nécessite une analyse et une décision de conversion qui doit être prise en communauté. Or, on ne peut faire un travail sérieux au-delà de cinquante personnes. Il faut donc constituer de petits groupes de réflexion. Quand on veut prendre une résolution par rapport à l’Évangile que cela se décide après mûre réflexion. Le christ qui a fondé cette Église n’a exclu aucune nation ni aucune personne. Donc si dans une ville on crée une CEB, la localisation de cette congrégation ne peut être qu’une unité géographique (un quartier ou un carré). Ce n’est ni l’ethnie, ni la région d’origine. Si l’Église doit être une famille où tous se reconnaissent frères, comment le chrétien va-t-il justifier sa foi en créant une communauté basée sur son ethnie. Si le Marba refuse de se réunir avec les Moundang ou avec les Ngambay comment il va-t-il justifier cela ? Constituer une CEB sur une base régionale, ethnique, c’est contraire à l’Évangile. C’est renforcer la division dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Ce n’est pas non plus travailler à construire l’unité du pays. Que les Chrétiens comprennent bien ceci : tout ce qui divise ne relève ni de Dieu ni de l’Esprit. Au Tchad, on constate très souvent des tensions entre communauté chrétienne et musulmane. Des organisations de cadres chrétiens et musulmans existent mais, il n’y a pas de dialogue. Le dialogue entre ces deux communautés ne doit pas seulement être l’affaire des mouvements de cadres. Les cadres, étant donné leur niveau de formation et leur degré de culture sont des ferments qui peuvent et doivent faciliter le rapprochement, le dialogue et la convivialité. Si on voit les intellectuels, les cadres, les fonctionnaires musulmans et chrétiens travailler, vivre et faire tout ensemble sans distinction parce que nous sommes tous des citoyens tchadiens et que nous avons l’obligation de bâtir la société tchadienne, les autres qui ne savent ni lire ni écrire et qui se considèrent comme des aveugles pourront suivre leur exemple. Les fidèles qui ne sont pas intellectuels ont aussi un rôle important à jouer et nous avons un travail à faire à leur niveau. Les CEB sont une réponse à ce problème de convivialité. Parce que là où il y a un chrétien, il y a la lumière. Si une CEB entreprend une action pour tout le carré, c’est tout le carré et même le quartier qui va en bénéficier. Et si elle arrive à faire cela avec les autres habitants du carré, qu’y a-t-il de meilleur que cela ? En Afrique et au Tchad, les relations entre l’Église et le pouvoir politique ont de tout temps été traversées par des périodes de tension. Pourquoi l’Église gêne-t-elle autant ? Cela repose le problème de la mission de l’Église en Afrique. En Afrique et dans le monde en général, on veut que le rôle de l’Église se limite à la sacristie. N’oublions pas que l’Église est la reconnaissance que Dieu est père, amour et fraternité. Cela veut dire que pour l’Église on ne peut rien mettre au-dessus de l’homme. L’homme est la raison d’être de toute action. C’est la vie de l’homme qui justifie toute action politique, économique ou administrative. L’Église ne peut donc pas accepter une politique qui porte atteinte à l’homme. Si la vie de l’homme est en danger ou son bonheur n’est pas respecté, l’Église ne peut pas se taire. Si c’est cela qu’on appelle faire la politique, alors, oui nous faisons la politique. La politique c’est l’organisation de la société pour le bien-être de l’homme. Cesse-t-on d’être homme parce qu’on est Chrétien ? Non. On est toujours homme et c’est parce que l’homme existe que l’Église existe. Je ne vois pas qui peut ne peut pas être impliqué dans la politique. Nous sommes obligés d’être politique, bien entendu dans ces termes que nous venons de définir. La politique ce n’est pas adhérer à un parti pour aller manger. C’est-là une déviation de la politique. C’est aux membres de la société, de l’organiser à telle enseigne qu’elle soit un lieu où ils se sentent heureux. Et les chrétiens ne sont pas en dehors de cela. C’est ça qui fait que l’Église s’occupe d’abord de l’homme et du dialogue entre les hommes. L’objectif de l’Église c’est de faire en sorte que tout homme soit sauvé et que tout homme soit heureux déjà ici sur terre avant d’aller au ciel. On a travesti un peu la compréhension du mot politique, la société moderne a beaucoup valorisé le pouvoir et elle a fait que certains veulent avoir le pouvoir et y demeurer. Et, pour se maintenir au pouvoir il faut écraser les autres. Les puissances politiques reconnaissent que l’Église est indispensable. On ne peut pas la reléguer à un second rang parce que lorsque quelque chose ne va pas c’est à l’Église qu’on fait appel pour contribuer à la résolution des problèmes. Si l’Église gêne, on doit aussi reconnaître qu’ on ne peut faire fi d’elle. C’est l’Église qui maintient ce qui est valeur, dignité, respect et égalité entre les hommes. C’est là un principe sur lequel l’Église ne cédera jamais. Et du fait qu’elle facilite le dialogue, l’Église restera encore une solution pour la paix en Afrique et dans le monde. Quels sont les grands défis de l’Église catholique pour la décennie ? Le premier défi c’est d’abord d’arriver à faire comprendre aux Tchadiens que l’Église est une famille. Si cela est compris on peut dire que notre Église est bien tchadienne, que le Tchad est une grande famille. Voilà le grand défi. Le second défi, c’est celui de l’inculturation. Dieu a pris la décision de devenir homme comme nous, pour la dignité de l’homme. L’Évangile doit donc éclairer toute civilisation, toute culture et toute coutume. Et l’inculturation c’est l’effort nécessaire pour que nos coutumes, nos traditions soient évangélisées. Troisième défi : les jeunes. Aujourd’hui le monde entier commence à comprendre que ceux qui vont construire la société de demain ce sont les jeunes. Très peu de gens se soucient aujourd’hui de l’avenir des jeunes. L’Église doit s’atteler à la formation et à l’éducation des jeunes pour que demain ils puissent construire un monde où chacun et chacune se sentira comme un enfant du même père. Je pense aussi à la pauvreté. L’Église est à pied d’œuvre depuis pour réduire la pauvreté à travers nos engagements dans le développement (Belacd, Secadev, etc.) et aussi tout le travail que nous faisons en matière d’éducation et de santé. C’est ce même travail que nous sommes en train de faire dans la cadre du projet pétrole. Le Tchad a donné l’exemple au monde entier en votant une loi pour que l’argent du pétrole profite à toutes les populations tchadiennes. Il y a un défi, celui de faire en sorte que tout cela se traduise dans les faits. La réduction de la pauvreté est un autre défi et nous allons nous atteler, avec les chrétiens, et tous les hommes de bonne volonté (le fait d’avoir voté cette loi sur le pétrole montre la bonne volonté des Tchadiens de mieux faire) pour le relever. Ce ne sera pas l’exploit de l’Église seule mais l’Église s’engage pleinement dans la mesure où elle travaille pour que chacun interroge sa conscience, ne cède pas à la corruption. L’année passée, à Malabo, en Guinée Équatoriale, nous avons décidé au niveau de la sous-région Afrique Centrale que l’Église a deux autres défis à relever : le rôle et place de la femme dans la société et la pandémie du Sida. propos recueillis |