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Le pétrole tchadien


De fait, Pékin est très intéressé par l'or noir du continent africain. Et notamment celui 
produit au Tchad...

Le Tchad, qui est l'un des pays les plus pauvres du monde, produit 200.000 barils de brut par jour. Son pétrole est notamment exploité dans le nord par un consortium composé des américains Chevron-Texaco et ExxonMobil, et du malaisien Petronas. Il est exporté depuis 2003 via le Cameroun. En octobre 2004, ces compagnies avaient été accusées de "piller les ressources" du pays en bradant notamment ses barils sur le marché.



Il y a sept ans, un accord était intervenu avec la Banque mondiale. Accord présenté comme un modèle du genre. N'Dj'aména s'était alors engagé à réserver l'essentiel de ses pétrodollars à des projets de développement en matière de santé, d'éducation ou  d'infrastructures. Il s'agissait aussi d'en affecter une partie à un "fonds pour les générations  utures". Mais le régime tchadien, confronté à une grave crise financière et  menacé par la rébellion, souhaite désormais disposer de ces revenus à sa guise. Il avait alors engagé un conflit avec la Banque mondiale. Il a obtenu satisfaction à l'issue de ce conflit qui a duré plusieurs mois



"Le combat engagé pour le contrôle de nos ressources est un combat national  qui doit mobiliser tous les Tchadiens au-delà de leurs clivages politiques", affirmait fin août le président Idriss Deby. Il avait alors accusé le consortium américano-malaisien d'avoir engrangé depuis 2003 un chiffre d'affaires de 5 milliards de dollars pour 3 milliards  d'investissements, tandis que le Tchad n'a obtenu selon lui que la "broutille" de 588 millions de dollars. Fin août, Idriss Dzeby, avait ordonné le départ des compagnies pétrolières. Un accord était finalement intervenu entre les deux parties: le consortium avait pu reprendre ses activités après s'être engagé à payer l'impôt sur les sociétés.



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Dans la revue "Choeur en alerte" du 01.2007

Le pétrole au Tchad
Miracle ou mirage? 

Après plusieurs décennies d'attente, le pétrole coule au Tchad depuis octobre 2003. ]usqu'à ce jour; le plan de la Banque Mondiale d'investir une grande partie des revenus pétroliers dans la lutte contre la pauvreté a largement échoué.

Maurice Page[1]

L'Etat tchadien qui manque de ressources matérielles el humaines peine à mettre en valeur de manière efficace cette nou­velle source de richesse. Les compa­gnies Esso-Chevron-Petronas rap­pellent constamment que leur rôle est l'exploitation du pétrole et non pas le développement du pays.

La Banque Mondiale, qui a assuré le financement du projet, et les ONG partenaires veulent en faire un exemple de bonne gestion. Les po­pulations locales subissent et tentent de s'adapter aux changements so­ciaux et économiques. Les rapports entre ces quatre acteurs sont presque toujours inégaux, souvent difficiles, parfois conflictuels.

La région pétrolière est une sorte de Far West où s'agglutinent dans des conditions très précaires un grand nombre de gens chassés par la misère et attirés par l'odeur du pétrole. En trois ans, le bourg rural de Bébédja est passé de 5000 à 15000 habitants sans qu'aucune infrastructure (eau, égouts, logements, école, hôpital) ne soit adap­tée à ce boum démographique. La rue principale aligne sur ses deux côtés les bars et les bordels. La circulation per­manente des animaux, des charrettes, des véhicules et des poids lourds y est parfaitement chaotique.

Les plus chanceux qui trouvent un travail régulier vivront bien pendant quelques semaines ou quelques mois avant de retrouver la spirale du chô­mage. L'argent durement gagné et vite flambé n'est pas ré investi dans le développement. Les exactions des autorités, la corruption, les détourne­ments de fonds complètent ce tableau assez sombre. Avec un point positif cependant: la société civile s'affirme de plus en plus. La conscience des défis à relever se renforce.

 

L'exploration continue

Le Groupe international consul­tatif (GIC) mandaté par la Banque Mondiale et l'Etat tchadien souligne des problèmes de plusieurs ordres. La surveillance et le contrôle de l'ex­ploitation pétrolière proprement dite est trop faible. La priorité d'Esso est d'accroître la production actuelle­ment inférieure aux prévisions. Elle a lancé pour cela de vastes campagnes d'exploration dans plusieurs régions du pays, ceci en l'absence de régle­mentations environnementales et so­ciales. Les populations locales ne peu­vent alors pas défendre leurs droits.

Sur le plan de l'environnement, le risque de pollution majeure semble maîtrisé. Les puits sont surveillés. L'oléoduc de plus de 1000 km qui conduit le pétrole jusqu'au port de Kribi au Cameroun est entièrement enterré, ce qui limite le danger de

fuites.

D'autres problèmes importants subsistent cependant: la restauration et la restitution des sols par Esso aux populations connaît de gros retards, ce qui empêche souvent les paysans de cultiver la terre. La gestion des déchets entraîne des risques de pol­lution des eaux et du sol. Enfin la poussière soulevée par les camions menace la santé de la population et la végétation.

 

Les compensations

Les questions socio-économiques concernent surtout  les_compensa­tions individuelles et communautai­res qu'Esso doit verser aux popula­tions. Ces versements engendrent de nombreux conflits. Le chef de vil­lage, le commandant de brigade, le sous-préfet, le préfet considèrent en effet qu'une part de cet argent leur revient et spolient ainsi les paysans.

Les conflits de travail opposant les ouvriers tchadiens à plusieurs com­pagnies sous-traitantes d'Esso cau­sent de graves problèmes. Il est en effet très difficile pour les employés

tchadiens d'obtenir justice auprès d'entreprises étrangères parties sans laisser d'adresse à la fin de l'exécu­tion de leurs mandats...

Une des grandes promesses de l'ex­ploitation pétrolière était de permettre aux entrepreneurs tchadiens de réali­ser de bonnes affaires. A part pour quelques commerçants, cet espoir est largement déçu, la plupart des entre­preneurs n'ayant ni les infrastructu­res, ni les moyens, ni les compétences pour répondre aux appels d'offres. Le même constat vaut aussi pour les pay­sans incapables d'assurer la distribu­tion et la vente de leurs récoltes.

Le dernier grand point d'interroga­tion concerne la gestion des revenus pétroliers. Pour l'Etat tchadien ­comme pour les gagnants de l'Euro­million - il ne suffit pas de recevoir de l'argent, il faut encore avoir les moyens de le dépenser. Divers or­ganismes, dont un «Ministère du contrôle général de l'Etat et de la mo­ralisation», ont été mis en place pour assurer la surveillance des dépenses, mais leur capacité d'intervention res­te très limitée face à un président et à son clan qui, bien que menacés de l'extérieur, gardent la mainmise sur tous les rouages de l'Etat.

S'y ajoute qu'un accord avec la Banque Mondiale a été largement rompu. Dans un projet unique jus­qu'à ce jour, la Banque Mondiale prévoyait de réserver une grande partie des revenus pétroliers pour la lutte contre la pauvreté. Selon les règles instaurées en 1999, 80% des revenus devaient être investis dans la formation, la santé et l'infra­structure et 10% épargnés pour la génération future. Il y a une année, l'Assemblée nationale a chamboulé cette loi en stipulant que les reve­nus devaient aussi être attribués à la justice et à la sécurité et de ce fait à l’armée…

Pas de frontière

(réd.) Le Tchad n'est pas uniquement tourmenté par le souci du pétrole. Bien plus importantes sont les lut­tes au pouvoir internes et les conflits sanglants dans les régions frontalières du Darfour (Soudan ouest) où ont lieu régulièrement de lourds combats entre les at­taquants arabes (milices Djandjawids) et les habitants noirs-africains. Des centaines de personnes y perdent la vie et des milliers doivent fuir. Une extension de la guerre à un conflit régional n'est pas exclue.

En outre, le président du Tchad, Idriss Déby, doit lutter contre une rébellion au sud du pays, à la frontière de la République centrafricaine où une telle rébellion a eu lieu dernièrement. Les deux pays accusent le gou­vernement du Soudan. Les 7000 soldats de l'Union africaine stationnés au Darfour ne peuvent maintenir

la trêve des hostilités, ils sont dépassés. Et la résolution de l'ONU d'envoyer 17000 Casques bleus a avorté jus­qu'à ce jour face à la résistance du Soudan.


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[1] L'auteur est historien et journaliste à Fribourg. Il a été rédacteur au service francophone de l'Apic de 1991 à 2000. Ensuite, il a dirigé l'installation d'une radio diocésaine au Tchad.

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Journal l'Humanité
Rubrique International
Article paru dans l'édition du 20 septembre 2003.

Tchad La malédiction du pétrole


L’exploitation d’un champ de pétrole au sud du pays, présentée comme un outil de développement, a été source de nuisances pour les Tchadiens.

Multiplication des maladies pulmonaires, pollution de l’eau entraînant des cas de choléra, inflation du prix des produits de base, exacerbation des querelles interethniques, afflux de migrants en quête de travail, fermeture d’écoles : selon les associations tchadiennes, le bilan de l’exploitation du champ pétrolier de Doba, au sud du pays, est catastrophique. L’extraction n’a pourtant commencé que depuis la mi-juillet et l’acheminement du pétrole vers le port camerounais de Kibri, via un oléoduc long de 1 070 kilomètres, ne débutera que le mois prochain. Mais déjà, après trois ans de travaux, les populations du sud du Tchad peuvent méditer sur cette formule qui court en Afrique : " Si tu trouves du pétrole dans ton jardin, bouche le trou et n’en parle à personne. "

Dès le début des travaux, les besoins de sécurité ont conduit l’armée tchadienne à redoubler ses efforts contre la rébellion, à l’époque active dans la région. La population civile en a fait les frais : des organisations de défense des droits de l’homme ont établi que des massacres avaient été perpétrés dans la région en 1997 et 1998. Puis le paiement des indemnisations a été entaché de nombreuses irrégularités. " Une bananeraie de 900 pieds qui devaient percevoir 16 200 000 francs CFA (24 550 euros) n’a touché que 400 000 francs CFA (610 euros) ", relève le député d’opposition Ngarlejy Yorongar.

Les ouvriers qui ont afflué en masse pour la construction de l’oléoduc ont été débauchés, pour beaucoup sans indemnisation, et errent désormais dans la région, entraînant dans leur sillage le développement de la prostitution et des maladies vénériennes. " La population du sud du Tchad accumule les problèmes et ne voit pas les bénéfices de l’oléoduc ", résume Susanne Breitkopf, de l’ONG les Amis de la terre. Les promesses de développement du président Idriss Déby sont donc restées lettres mortes.

Capable de fournir 225 000 barils par jour, le gisement de Doba devrait rapporter deux milliards de dollars par ans au Tchad, un des pays les plus pauvres du monde. Le projet, géré par un consortium comprenant les compagnies américaines Exxon-Mobil et Chevron, a été piloté par la Banque mondiale (BM) qui en a fait son modèle d’investissement et de développement. Sous la pression des ONG et de certains gouvernements européens, la BM avait contraint le consortium à revoir plusieurs fois ses études d’impacts, avant d’approuver le projet remodelé en juin 2000. Elle se targuait officiellement d’avoir obtenu l’assurance d’une gestion transparente et démocratique, dans le but de faire " directement profiter de la manne pétrolière les déshérités, les vulnérables et l’environnement ".

Le détournement de 7,4 millions de dollars sur les 21 millions de " bonus " versés à titre d’avance au gouvernement tchadien, constaté récemment par le FMI, a confirmé les craintes de la société civile tchadienne, qui estimait, dès 1999, que les conditions pour une gestion transparente n’étaient pas réunies. D’autant que s’y est ajouté un autre détournement de 4,5 millions de dollars, qui selon certaines sources tchadiennes, auraient servi à l’achat d’hélicoptères par le fils du président. Les irrégularités sont telles que le Panel d’inspection, organisme consultatif auprès de la BM, a dû reconnaître qu’il fallait s’interroger sur le " respect des politiques " défendues dans le projet.

La situation est jugée d’autant plus dangereuse que " les pétroliers avancent pour exploiter d’autres champs, et ce sans le moindre contrôle ", souligne Susanne Breitkopf. Il existe en effet au moins trois autres champs pétrolifères au Tchad. La taille de l’oléoduc, supérieur à ce qui est nécessaire pour acheminer le pétrole du seul site de Doba, indique clairement que l’objectif du consortium était, dès le départ, l’exploitation de tout l’or noir du pays. Les compagnies ont commencé, dès 2000, à prospecter, sans qu’aucune institution ne prétende contrôler le processus, faisant craindre aux populations que le désordre se répande peu à peu dans tout le pays.

C. B.

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